Récit de la marraine du sauvetage de la chouette :

Ce samedi 27 avril nous – trois cavalières et nos chevaux – parcourons les bois de Jussy. Au moment de nous engager sur un chemin qui entame le retour, j’aperçois une forme sur le bord du chemin. Je pense à une marmotte – mais nous ne sommes pas en montagne ! J’interpelle mes amies, qui marchent devant moi et devisent joyeusement ; nous arrêtons nos chevaux et nous approchons doucement du petit animal. Il essaie de fuir ; au bout de quelques sautillements il s’arrête, cesse d’agiter ses petites ailes et nous regarde : une chouette ! Une petite chouette hulotte. Nous nous écartons – que faire ? La laisser sur place et partir la vouerait sans doute à la mort. Heureusement, nous sommes à un endroit où mon téléphone capte du réseau. J’appelle une amie et lui soumets la situation, lui demande si elle peut nous aider à amener le petit rapace au Centre Ornithologique de Genthod : impossible pour nous de le prendre à cheval. Mon amie nous rejoint avec une cage à chats. Pendant que nous l’attendons, les chevaux broutent et nous montons la garde, un peu à l’écart du petit oiseau : quand des promeneurs s’approchent, nous leur demandons de prendre les chiens en laisse et de ne pas toucher la chouette. Tous s’exécutent avec le sourire, prennent une photo de l’oiseau et passent leur chemin. Quand mon amie arrive, nous attrapons facilement la chouette à l’aide d’une couverture. Et alors que nous rentrons à l’écurie, le petit rapace rejoint le Centre Ornithologique de Genthod. Il y est accueilli, contrôlé, enregistré et placé en nurserie ; il reçoit le numéro 264. Tous les jours, nous regardons sur le site ; tous les jours, nous y lisons que le numéro 264 est toujours en nurserie. Les jours passent, nous devons remonter d’un nombre de pages toujours croissant – la petite chouette est toujours en nurserie. Un jour, ma mère me raconte qu’à Genève, elle a rencontré des bénévoles du Centre Ornithologique de Genthod. Au cours de leur discussion, elle leur a parlé de la petite chouette hulotte et elle a alors appris qu’elle avait eu une aile cassée. J’apprends cette nouvelle avec soulagement : elle m’explique le séjour prolongé de

« ma » chouette en nurserie, alors que tous les oiseaux qui ont rejoint le Centre en même temps qu’elle et même après ont retrouvé la nature depuis longtemps. Le vendredi 28 juin, deux mois après notre rencontre, alors que la liste du centre affiche le numéro 918, je lis enfin, sur la ligne du numéro 264, entre « Chouette hulotte » et « Rapace », le mot tant attendu : « Relâché ».

Un grand merci au Centre Ornithologique de Genthod !

Texte et photo de la marraine.